
Nairobi, Kenya — 19 janvier 2026. Face à l’intensification des chocs climatiques et à la réduction des budgets consacrés au développement, la question n’est plus de savoir si l’agriculture doit s’adapter, mais comment. Au cours de sa mission de suivi, d’évaluation et d’apprentissage (MEL) au Kenya, Climate Action Africa (CAA) a rendu visite à PAFID (Participatory Approaches for Integrated Development) afin d’examiner à quoi ressemble la résilience climatique lorsque le genre, la technologie et le leadership communautaire se croisent sur le terrain.
La deuxième semaine de la mission MEL de CAA a débuté par des réunions approfondies entre PAFID et plusieurs de ses partenaires de mise en œuvre, permettant de définir le contexte stratégique et institutionnel du travail. Plus tard dans la semaine, l’équipe s’est rendue dans des communautés agricoles du comté de Theraka-Niti pour rencontrer directement les agriculteurs locaux, explorant les discussions politiques et les connaissances techniques à travers les expériences vécues sur le terrain.
Il en est ressorti une image nuancée, parfois dérangeante, mais finalement porteuse d’espoir, de l’adaptation dans la pratique, une image ancrée non seulement dans les technologies intelligentes face au climat, mais aussi dans le changement social, la persévérance et le partenariat. Voici la première partie d’un récit en deux volets.
Dans les coulisses de la mission MEL d'ACA au Kenya, 1re partie
PAFID : près de deux décennies d’action menée par les communautés
Fondée en 2006, le PAFID est présente dans 27 des 47 comtés du Kenya, ce qui en fait l’une des ONG nationales les plus étendues géographiquement du pays. Son action couvre l’agriculture de conservation, l’accès aux marchés, l’emploi des jeunes et la résilience climatique, touchant environ 100 000 agriculteurs grâce à des initiatives phares telles que le programme « Farm to Market Lands », un partenariat de 2 millions de dollars avec le Programme alimentaire mondial, et l’initiative « Green Up Kenya ». Au cœur de l’organisation se trouvent l’agriculture, l’inclusion de genre et le rôle des femmes et des jeunes dans l’agriculture, une orientation qui est devenue encore plus cruciale alors que la variabilité climatique perturbe les moyens de subsistance traditionnels et les calendriers agricoles.
Pourtant, comme de nombreuses organisations de la société civile kenyane, PAFID opère dans un contexte de resserrement des financements. Le retrait prématuré d’un important programme pour la jeunesse financé par l’USAID a imposé des ajustements difficiles. Aujourd’hui, l’organisation s’adapte grâce à un modèle opérationnel hybride et allégé, tout en recherchant activement de nouveaux partenariats, notamment avec des partenaires au Canada et au Royaume-Uni.
Pourquoi l’ACA et pourquoi maintenant ?
L’engagement avec PAFID dans le contexte de l’agriculture de conservation est survenu à un tournant stratégique. L’agriculture de conservation, qui offre un potentiel d’augmentation des rendements pouvant atteindre 60 %, s’était révélée prometteuse, mais son adoption restait obstinément faible dans de nombreuses communautés. « La technologie n’était pas le problème », a fait remarquer Nickson Wafula, responsable des programmes de la PAFID, lors de la visite. « Le défi consistait à changer les mentalités, les normes et les structures décisionnelles. » Grâce à l’assistance technique soutenue par ACA et fournie en collaboration avec le Climate Risk Institute (CRI), la PAFID a cherché à renforcer ses capacités dans quatre domaines critiques :
- Créer un environnement favorable aux petites agricultrices
- Mettre en œuvre des mécanismes innovants de financement et de soutien en matière d’assurance
- Améliorer l’accès à une mécanisation agricole durable
- Améliorer les exercices de suivi et d’évaluation
La mission MEL visait à évaluer dans quelle mesure ces investissements se traduisait par des changements concrets et où des défis subsistaient.
Le paradoxe du genre au cœur de l’adaptation au changement climatique
Au cours des réunions avec les agriculteurs, les acteurs de terrain, les journalistes, les entreprises agroalimentaires et les chercheurs, une tendance est revenue à plusieurs reprises : les femmes effectuent le travail, mais ce sont souvent les hommes qui prennent les décisions. Les hommes assistent généralement aux formations et aux réunions publiques, alors que ce sont les femmes qui mettent principalement en œuvre les techniques d’agriculture de conservation dans les champs. Ce « fossé de participation » confère aux femmes la responsabilité, mais leur autorité limitée freine le rythme et la durabilité de l’adoption de ces techniques. Le PAFID et ses partenaires ont commencé à y répondre par des solutions pratiques et adaptées au contexte :
- Des formations conjointes pour les ménages qui réunissent les conjoints
- Des sessions courtes d’une heure avant le déjeuner pour tenir compte des charges de soins qui pèsent sur les femmes
- Des modèles de formation des formateurs qui travaillent directement avec les femmes leaders
Pourtant, des obstacles persistent. Certains hommes participent pour apporter un « soutien moral » sans assimiler les connaissances techniques. L’intégration de la dimension de genre ne consiste pas simplement à compter les hommes et les femmes ; il s’agit de comprendre leurs rôles et leur autonomisation, et d’observer une véritable transformation dans les exploitations agricoles.
La mécanisation : un outil, pas une solution miracle
Pour BrazziAfric, partenaire agro-industriel de PAFID, la promesse de la mécanisation réside dans la rapidité d’action — un facteur critique alors que les saisons des pluies raccourcissent et deviennent moins prévisibles. Les semoirs et batteuses peuvent aider les agriculteurs à agir rapidement dès l’arrivée des pluies. Pourtant, les coûts élevés et le financement limité entravent l’accès à ces équipements. De plus, la mécanisation comporte des risques liés au genre : lorsque les tracteurs arrivent, les hommes prennent souvent le contrôle des machines — alors que ce sont les femmes qui fournissent l’essentiel de la main-d’œuvre. La solution, ont convenu les partenaires, ne réside pas seulement dans l’équipement, mais dans la socialisation de l’innovation : modèles de propriété partagée, dialogue communautaire et inclusion délibérée des femmes dans la prise de décision concernant la technologie. Ou, comme l’a commenté Marcos Roberto Garin Brandalise, PDG de BrazAfric : « La mécanisation n’est pas une panacée — elle fait partie d’un parcours vers la sécurité alimentaire. »
Preuves, patience et vision à long terme
Les partenariats de PAFID avec des chercheurs ont renforcé la production de données factuelles, les sites de démonstration et l’apprentissage adaptatif au sein du Conservation Agriculture Hub, un réseau en pleine expansion regroupant près de 180 organisations. Mais l’enseignement le plus marquant de la mission MEL a peut-être été un rappel concernant le temps. « Les agriculteurs ont besoin d’interventions opportunes. Lorsque les pluies arrivent une seule fois et de manière imprévisible, il faut être prêt », a expliqué Boaz Waswa, spécialiste de la fertilité des sols et chercheur en agrobiodiversité. « Mais une véritable transformation nécessite également trois à quatre ans d’engagement continu. Les projets sont trop courts pour changer les systèmes. »
Perspectives d’avenir
La mission d’ACA au Kenya n’a pas révélé de solutions simples, mais elle a mis en évidence des enseignements concrets et exploitables : l’adaptation au climat est autant sociale que technique ; l’inclusion des genres est fondamentale, et non facultative ; et les progrès dépendent de la confiance, des données factuelles et de la persévérance.


