Intégrer la résilience climatique et l’égalité des genres en petite enfance au Kenya

Uthabiti Africa est une organisation à but non lucratif créée en 2019 qui met en place le Réseau des femmes dans le secteur de la petite enfance au Kenya, comptant actuellement plus de 7 000 membres. L’organisation a mené des réformes des politiques nationales en matière de petite enfance et a créé la plateforme « Collaborative Action for Childcare » (CAC) afin de promouvoir l’action collective et d’accroître son impact au sein de l’écosystème africain de la petite enfance. S’appuyant sur l’expérience d’Uthabiti Africa au Kenya, l’assistance technique d’Action climatique en Afrique visait à renforcer ses capacités en matière de leadership et de plaidoyer climatiques au sein du secteur de la petite enfance, tant au niveau national que régional. Ce qui suit résume les succès de l’initiative après ses événements de clôture et le lancement public du projet à Nairobi en janvier 2026.

Intégrer la résilience climatique et l’égalité des genres dans le secteur de la petite enfance au Kenya (Initiative d’assistance technique 078)

Irene Nasimiyu (championne de la petite enfance, Kakamega, Kenya) sait par expérience à quel point il est important de doter les professionnels en petite enfance d’outils pratiques tant pour le plaidoyer que pour la résolution quotidienne des problèmes. Cela est d’autant plus crucial qu’elle a elle-même subi les effets néfastes du changement climatique, tels que l’augmentation des inondations et les températures extrêmes, dans son centre de petite enfance. S’informer sur la planification en cas de catastrophe, dialoguer avec les responsables politiques pour s’assurer que la petite enfance soit prise en compte dans les considérations climatiques, et travailler avec la communauté pour renforcer ses compétences en matière de climat. Voilà comment elle contribue aux solutions locales dans son comté.

Alors que le changement climatique s’intensifie en Afrique subsaharienne, ses impacts affectent de plus en plus non seulement les infrastructures et les moyens de subsistance, mais aussi les systèmes sociaux essentiels. Au Kenya, la hausse des températures, les inondations et la pénurie d’eau perturbent déjà les services et les infrastructures de garde d’enfants, avec des conséquences sur le bien-être des enfants, les moyens de subsistance des personnes qui s’occupent d’eux et la participation économique des femmes. Pour relever ce défi, Action climatique en Afrique (ACA) a soutenu une initiative d’assistance technique mise en œuvre par un cabinet de conseil international, Samuel Hall, en collaboration avec Uthabiti Africa entre mai 2025 et mars 2026, visant à favoriser l’intégration de la résilience climatique et de l’égalité des genres dans le secteur de la garde d’enfants au Kenya.

Combler une lacune dans l’adaptation au changement climatique

Les aléas climatiques perturbent de plus en plus les services de garde d’enfants, pourtant la garde d’enfants est souvent négligée dans la planification, la préparation et les stratégies d’adaptation au changement climatique. L’initiative a voulu répondre à cette lacune en positionnant la garde d’enfants comme une question de continuité des services et de résilience, reconnaissant son rôle dans le soutien aux ménages, aux communautés et aux économies locales. Dans les zones à faibles revenus, les centres de garde d’enfants informels, dont la plupart sont gérés par des femmes, absorbent déjà les chocs climatiques tels que les inondations, la chaleur extrême et les coupures d’eau. Ces défis augmentent le travail non rémunéré, affectent la stabilité des revenus et réduisent la capacité des centres à fonctionner en toute sécurité.

Renforcer les capacités et favoriser l’engagement

L’assistance technique a été fournie selon une approche séquentielle combinant évaluation, renforcement des capacités, engagement des parties prenantes et élaboration de propositions. Plus de 200 participants à Nairobi, Kisumu et Kakamega ont été mobilisés, notamment des prestataires de services de garde d’enfants, des responsables locaux et des acteurs de la société civile.

Les principales activités comprenaient :

  • Une évaluation participative des besoins en capacités afin d’identifier les lacunes en matière de préparation et de gouvernance.
  • Des programmes de formation destinés aux défenseurs de la protection de l’enfance et au personnel d’Uthabiti sur les risques climatiques, la préparation aux catastrophes et le plaidoyer.
  • Un dialogue entre les parties prenantes au sein du Care Forum d’Uthabiti, réunissant plus de 100 participants pour discuter des solutions et des points d’entrée.
  • L’élaboration de supports de communication et de plaidoyer, notamment une note de plaidoyer et un court documentaire.

Ces efforts ont renforcé la confiance et le leadership des prestataires de services de garde d’enfants, notamment Irene Nasimiyu, qui a souligné sa capacité accrue à participer aux discussions politiques, parallèlement à des avancées plus larges en matière de capacité institutionnelle à intégrer les considérations climatiques dans la programmation et le plaidoyer. Un autre prestataire de services de garde d’enfants, Kevin Mukabwa, a noté que l’initiative mettait également en avant des mesures d’adaptation pratiques, simples mais efficaces, mises en œuvre au niveau communautaire pour aider les centres de garde d’enfants à rester opérationnels face aux chocs climatiques, notamment l’utilisation de ventilateurs pour gérer la chaleur, planter des arbres, le débouchage des canalisations d’égouts et l’amélioration de la préparation aux incendies.

Principales conclusions et premiers résultats

L’initiative a confirmé que les perturbations climatiques affectent déjà la continuité des services de garde d’enfants, de nombreux prestataires n’ayant pas accès à des conseils structurés en matière de préparation ni à des infrastructures résilientes au changement climatique. Dans un même temps, les éducateurs s’adaptent activement par le biais de mesures informelles, souvent sans soutien technique ou financier. L’aide apportée par l’ACA a également mis en évidence que les prestataires de services de garde d’enfants sont largement exclus des mécanismes de gouvernance et de financement climatiques, y compris les Fonds de comté pour le changement climatique, ce qui limite leur capacité à accéder à un soutien pour l’adaptation. Grâce à la formation et au dialogue, cette initiative a contribué à ouvrir la voie à une collaboration plus étroite entre les prestataires de services de garde d’enfants et les acteurs institutionnels, favorisant ainsi une meilleure prise en compte de la garde d’enfants dans les débats et la planification relatifs à la résilience climatique.

Promouvoir une action climatique sensible au genre

L’égalité des genres était au cœur de cette initiative, reflétant le fait que le secteur de la garde d’enfants est majoritairement dirigé par des femmes et que les chocs climatiques alourdissent de manière disproportionnée la charge des soins non rémunérés. L’initiative a souligné l’importance de reconnaître la garde d’enfants comme une infrastructure essentielle. Lorsque les services de garde d’enfants sont perturbés par des chocs climatiques, les répercussions s’étendent aux revenus des ménages, à la participation au marché du travail et à l’activité économique locale.

Perspectives d’avenir

Si les changements politiques et financiers à long terme dépassent le cadre temporel de l’assistance technique, l’initiative a posé les bases essentielles d’un engagement futur, notamment une base factuelle renforcée, des résultats en matière de renforcement des capacités et des outils pratiques pour la poursuite du plaidoyer et le développement de partenariats. Ces résultats contribuent aux efforts en cours visant à intégrer les systèmes de garde d’enfants dans la planification de l’adaptation au changement climatique et à renforcer les approches de la résilience sensibles au genre au Kenya. Lire la note de plaidoyer (en anglais seulement) : ici.

Un court documentaire amplifie également la voix des défenseurs de la garde d’enfants, offrant une perspective forte et centrée sur l’humain sur la manière dont le changement climatique affecte le travail quotidien de garde et la résilience des communautés. Visionner le documentaire (en anglais seulement) ici.